Le caire : les lumières s'éteignent, l'économie s'assombrit
À partir de neuf heures, chaque soir, une ombre s'abat sur Le Caire. Les rideaux de fer descendent, les enseignes s'éteignent. Ce n'est pas une coïncidence : une série de directives gouvernementales, dictées par la flambée des prix du carburant liée aux tensions iraniennes, contraignent commerces et restaurants à fermer leurs portes bien avant la nuit.
Un rationnement énergétique aux conséquences inattendues
L'Égypte, dont la quasi-totalité de la production d'électricité repose sur le gaz naturel, ressent de plein fouet les ondes de choc des conflits internationaux. La mesure, présentée comme un moyen de réduire la consommation d'énergie et la circulation automobile, frappe de plein fouet les petites entreprises. Selon Mostafa Madbouly, Premier ministre, chaque éclair éteint contribue à diminuer le nombre de véhicules sur les routes, et donc la consommation d'essence. Une économie d'énergie palpable se fait ressentir à la fin de la journée, coïncidant avec le pic d'activité du pays, comme l'explique Reda Farahat, urbaniste : « Ce sont les heures où les rues grouillent, où le shopping explose et où les mouvements sont à leur maximum. »
Mais la réalité est plus complexe. Diyaa Masoud, propriétaire d'un modeste stand de falafels employant quarante personnes, observe une chute de son chiffre d'Affaires de 30 à 50%. Une situation qui se répercute inévitablement sur les salaires de ses employés. « On s'adapte, pour l'instant », confie-t-il, amer, « mais on attend que les choses reviennent à la normale. » Les familles modestes, dont près de trente pour cent vivent avec moins de deux dollars par jour, voient leurs budgets se contracter, contraints de réduire leurs dépenses, même sur des plaisirs simples comme un sandwich.

Le tourisme épargné, mais pas indemne
Paradoxalement, les zones touristiques, pilier de l'économie égyptienne – le pays a accueilli 19 millions de visiteurs l'année dernière – sont exemptées de ces nouvelles restrictions. Le gouvernement semble vouloir préserver l'expérience des touristes, malgré les turbulences. Pourtant, les premières données indiquent déjà un ralentissement du flux touristique, conséquence directe des tensions régionales. La Jordanie, voisine d'Israël, subit de plein fouet les répercussions des alertes incessantes liées aux actions iraniennes, avec une chute brutale de son secteur touristique, autrefois florissant. Les sentiers de Petra, autrefois animés par une foule de voyageurs, se sont mués en labyrinthes déserts, témoignant d'une situation préoccupante.

Un avenir incertain
Un mois peut être une éternité, surtout en période de crise. Alors que le conflit au Proche-Orient s'enlise, pesant de plus en plus sur les économies régionales, l'Égypte et la Jordanie se retrouvent prises au piège. Les petits commerçants comme Diyaa Masoud, luttant pour joindre les deux bouts, restent optimistes, mais l'espoir d'un retour à une relative stabilité s'éloigne à chaque nouvelle augmentation des prix. Les chiffres récents parlent d'eux-mêmes : durant les semaines post-Ramadan, les arrivées de touristes à Petra n'ont atteint que deux mille personnes, un chiffre hallucinant comparé aux flux habituels. Le silence qui règne désormais sur cette cité antique, jadis symbole d'accueil et de prospérité, est un sinistre présage.
