Amin Zaoui à l’Agora du Livre de Chemini : Une Exploration du Roman Algérien et de l’Histoire
Amin zaoui à l’agora du livre
Le romancier, essayiste et chercheur Amin Zaoui a récemment animé une conférence captivante à l’Agora du Livre de Chemini, les 16 et 17 novembre 2018. Devant une salle comble de la maison de jeunes, il a partagé sa vision du roman « algérien », questionnant la relation complexe entre la fiction et l’histoire. L'événement, rapporté par Nazim pour BéjaiaNews, a attiré l'attention sur l'œuvre de cet intellectuel majeur.
Le roman algérien et l’histoire : une approche non académique
Zaoui a d'emblée précisé que sa conférence ne se voulait pas un exposé académique, mais plutôt un dialogue ouvert avec le public, initiés comme lecteurs occasionnels. Il souhaitait rendre accessible une réflexion profonde sur la manière dont le roman algérien aborde et interprète l’histoire du pays. L’auteur a souligné l’importance de comprendre comment l’écriture romanesque peut éclairer une société et une époque, une capacité qu’il associe à son propre travail, qu'il qualifie de « incendiaire du paradis ».
Une histoire officielle incomplète
Un point central de l'intervention de Zaoui a été sa critique de l'histoire officielle algérienne. Il argumente que l'idéologie dominante a privilégié une perspective axée sur l’Islam et le Moyen-Orient, au détriment d'une partie significative de l'histoire du pays, notamment la période berbère et berbéro-chrétienne. Cette omission, selon lui, efface des figures et des penseurs cruciaux de l'histoire algérienne.
Figures oubliées de l’histoire algérienne
Zaoui a cité des exemples concrets de cette marginalisation historique, évoquant des figures telles que Juba II, Saint Augustin (ou Afulay, son nom berbère) et Apulée. Il souligne que cette occultation affecte la compréhension de la pensée et des modes de vie de ces époques. Il considère que la littérature issue de cette marginalisation peut offrir des perspectives précieuses sur le passé et éclairer les générations actuelles.
La valeur historique de la fiction
L’intellectuel met en avant la valeur historique des écrits de fiction, notamment ceux de K. Yacine, M. Dib, A. Djebbar, R. Mimouni, R. Boudjedra, M. Mammeri et M. Feraoun. Ces auteurs, selon lui, témoignent de modes de vie et de pensées inspirés par des réalités vécues. L’entrelacement de l’histoire (fictionnelle) et de l’Histoire (réelle) est un élément essentiel à considérer.
Débats et reconnaissance : le cas lacheraf
Zaoui a illustré son propos en évoquant les critiques formulées par Mostefa Lacheraf dans les années 50 à l'égard des romans de Djebbar (accusée de « bourgeoise ») et de Mammeri (« régionaliste »). Ces réactions de figures historiques témoignent de la pertinence et de l’impact des écrits fictionnels sur le débat public et la perception de l’histoire, soulignant la réalité qu’ils apportent. Il conclut en affirmant que « l’Algérie est le pays de la diversité ».