Le cœur des villes italiennes bat plus fort ailleurs

Les commerces de proximité s'effondrent. En 2012, près de 156 000 petits commerces et vendeurs ambulants ont disparu en Italie, et cette tendance devrait se poursuivre jusqu'en 2025. Une perte qui représente plus de 25 % des points de vente traditionnels. La ville italienne se transforme, et les habitudes des consommateurs la redessinent à une vitesse vertigineuse.

Les centres-villes italiens, en pleine mutation

Les centres-villes italiens, en pleine mutation

L'étude de Confcommercio, qui a analysé 122 villes italiennes, révèle une fracture profonde. Les villes du nord en sont les plus touchées, avec des vitrines désertes témoignant d'un déclin de la vie locale. Les fermetures se multiplient, atteignant 3,1 % par an, contre 2,2 % auparavant. Les librairies et les magasins de presse ont été les plus durement touchés, avec une baisse de plus de la moitié de leur nombre. Les détaillants de vêtements et de chaussures ont perdu près de deux sur cinq de leurs points de vente. Même les commerces de meubles et d'outils ont subi une diminution significative, de près de 36 %.

Mais ce n'est pas seulement le commerce de détail physique qui souffre. Les étals de rue et les bars se raréfient, signalant un affaiblissement général des centres-villes. Alors que les offices de tourisme et les plateformes de location courte durée explosent. La tendance est particulièrement frappante dans les quartiers historiques du sud, où les locations saisonnières ont quadruplé, dépassant de loin la croissance observée dans le nord et les zones centrales.

Ce phénomène s'explique par un changement profond des modes de consommation. L'essor du commerce en ligne est le principal moteur de cette transformation. Les plateformes numériques représentent désormais 11,3 % des achats de biens et 18,4 % des services. Du 2019 au 2025, les ventes au détail traditionnelles ont augmenté de 14,4 %, tandis que les transactions en ligne ont bondi de 187 %, presque triplant en une décennie. Le chiffre d'affaires des boutiques en ligne est passé de 31,4 milliards d'euros en 2019 à 62,3 milliards d'euros six ans plus tard.

Toutefois, tous les secteurs ne suivent pas la même trajectoire. Les pharmacies ont enregistré une croissance de 9,8 %, tandis que les magasins d'informatique et de téléphones ont augmenté de 7,9 %. Les entreprises étrangères ont multiplié leurs implantations de 134 000 entre 2012 et 2025, créant environ 194 000 emplois, bien que légèrement moins par entreprise. Les entreprises italiennes, elles, ont diminué de 290 000, mais celles qui ont survécu ont augmenté leur taille, passant de 2,4 à 3 employés par entreprise.

Cette évolution vers des structures plus formelles se traduit par une augmentation de la part des entreprises étrangères, qui passent de 9 % à 17 %, ainsi que des entreprises hôtelières et de restauration, qui passent de 14,2 % à 30,6 %. Les commerces indépendants et les petites entreprises en équipe perdent du terrain. Or, la survie de ces commerces est conditionnée par l'adaptation des réglementations pour soutenir les petits commerçants qui résistent à ces mutations. La capacité des villes à s'adapter dépendra des choix qui seront faits aujourd'hui, et non plus seulement de la croissance économique, mais de la préservation du tissu social.

Les villes du sud ont connu des évolutions plus contrastées depuis le milieu de la décennie, avec une croissance dans les secteurs touristiques qui a dépassé celle observée dans le nord, mais des baisses plus importantes dans les activités commerciales du nord. Le cœur des villes italiennes se transforme, les marchés traditionnels cédant la place aux lieux touristiques façonnés par les tendances numériques. L'essor des hôtels et du commerce en ligne alimente une nouvelle Économie, mais de nombreux quartiers perdent leurs commerces de proximité, fragilisant les liens sociaux.

La cifra parle d'elle-même : 156 000 commerces disparus. Un chiffre que les municipalités ne peuvent ignorer. La question n'est plus de savoir si les villes peuvent s'adapter, mais comment elles vont le faire. La réponse se trouve dans la capacité des communautés à trouver de nouvelles formes de vie, au-delà des vitrines et des enseignes.