Retour sur le Printemps Béjaïen de Mai 1981

Contexte et appel à la mobilisation

Le Printemps Béjaïen de mai 1981 fut une période de forte contestation sociale et politique. Initié par un appel lancé par les lycéens de Béjaia, regroupés au sein du comité de Wilaya, le 19 mai 1981 a marqué le début d'une série de manifestations et de marches spontanées. Ces actions visaient à dénoncer le transfert du projet de centre universitaire vers Jijel, un événement perçu comme une injustice locale, et à réclamer la libération des détenus de Berouaguia, arrêtés lors des événements du Printemps berbère d’avril 1980.

Déroulement des manifestations

Les manifestations ont débuté au carrefour de Naciria. La marche initiale, partie du lycée Ihadaden, a gagné du soutien en traversant la zone industrielle où les travailleurs du JUTE se sont joints au mouvement. La marche partant d'El Hammadia a été renforcée par l’adhésion des enseignants de l’ITE. L'arrivée au port a vu les employés de Naftal et de SONATRACH quitter leur travail pour se joindre à la marche. L’ampleur de la mobilisation est significative.

Adhésion populaire et paralyse de villes

L'adhésion populaire a été massive. Les villes de Sidi-aich et Akbou ont été paralysées par un mot d'ordre de grève générale. Face à cette forte mobilisation, les autorités locales ont été contraintes de solliciter des renforts auprès des wilayas limitrophes, témoignant de l'importance de la contestation. Il est clair que le sentiment d'injustice était largement partagé au sein de la population.

Répression et arrestations

La réponse du pouvoir fut une campagne de répression féroce, ponctuée par l'arrestation de plus de trente personnes. Ces individus ont été présentés au procureur pour « atteinte à la sûreté de l’état ». L'opération de répression a visé à étouffer la contestation et à dissuader de futures actions similaires. La brutalité de la répression a suscité l'indignation et renforcé la détermination des mouvements sociaux.

Liste des détentionnés

Parmi les personnes arrêtées, on retrouve : Mohand Cherif Bellache, Boukhalfa Bellache et bien d'autres lycéens (Salah Taibi, Azzedine Madaoui, etc.). Des enseignants comme Ali Gharbi et Abdelkader Guidjou ont également été arrêtés. La liste comprend également des ouvriers (Moussa Talbi), des fonctionnaires (Kamel Merdes) et des étudiants de Tizi Ouzou (Tari Laaziz). La diversité des professions parmi les détenus illustre l’ampleur de la mobilisation sociale.

Conséquences et condamnations à akbou

Seize (16) personnes ont été arrêtées à Akbou et condamnées à des peines allant de quelques mois à quatre ans de prison. Les condamnés incluent Amar Boukedami, Smail Ait Meddour et d'autres. Ces sanctions ont été perçues comme injustes par de nombreux observateurs et ont contribué à maintenir la tension sociale dans la région. L'événement a laissé une empreinte durable sur la mémoire collective de Béjaia.