Refusé un verre d'eau : un juge italien a balayé la plainte d'un touriste

Un simple verre d’eau, dans un restaurant d’hôtel de luxe en Italie. Une demande apparemment anodine qui a déclenché une bataille juridique improbable et qui, finalement, a été déclarée infondée par la Cour suprême.

Un touriste contre un établissement étoilé

L’affaire remonte à la saison des sports d’hiver 2019. Une touriste, déçue de ne pas pouvoir se procurer de l’eau du robinet, a intenté obtenir 2 700 euros de dommages et intérêts auprès de l’hôtel Sassongher à Corvara. Une requête jugée ridicule par la justice.

Initialement, le recours a été rejeté par un tribunal de Rome. L’hôtel, défendu par l’avocat Silvio Belardi, a argumenté que la fourniture d'eau courante n’était pas une obligation légale. Il a qualifié la demande de touriste de « recherche d’un lit avec des draps et d’un savon dans la salle de bain », une comparaison acerbe qui a exacerbé la controverse.

La cour suprême tranche

La cour suprême tranche

La Cour suprême a finalement tranché, balayant la plainte du touriste. Elle a confirmé que les lois italiennes ne contraignent pas les établissements à fournir de l’eau du robinet à leurs clients. La décision, selon la Cour, reposait entièrement sur la volonté de chaque établissement.

Ce jugement, loin d’être une victoire pour les consommateurs, soulève une question fondamentale : où se situe la limite de l’assistance de base dans un contexte de luxe ?

Un constat alarmant à l'échelle mondiale

L’affaire italienne n’est pas un cas isolé. Un rapide tour d’horizon révèle des pratiques divergentes à travers le monde. Aux États-Unis et au Canada, l’offre d’eau est une habitude culturelle, bien que réglementée dans certains États en matière de conservation de l’eau. Au Royaume-Uni, la législation impose la fourniture d’eau sur demande pour les établissements proposant de l’alcool, mais cette obligation n’existe pas en Irlande. La France est, en revanche, réputée pour son obligation de proposer une carafe d’eau avec chaque repas. L’Espagne a récemment adopté des lois pour encourager la réduction de la consommation de plastique à emporter en obligeant les bars et restaurants à offrir de l’eau du robinet.

En Allemagne et aux Pays-Bas, la question de l’eau est soumise à des tarifs variables, et la demande d’eau du robinet est souvent refusée, avec une redirection vers les offres d’eau en bouteille premium. La Suisse, quant à elle, pratique une tarification libre pour l’eau du robinet, parfois jusqu’à 6 CHF, justifiée par les coûts de nettoyage et la main-d’œuvre. Une situation qui illustre parfaitement l'arbitraire de ces pratiques.

Conclusion : une question de culture et de priorités

L’affaire italienne est bien plus qu’une simple querelle entre un touriste et un hôtel de luxe. Elle met en lumière les variations culturelles et réglementaires en matière d’accès à l’eau, une ressource vitale que l’on prend souvent pour acquise. Il est temps de repenser les priorités et de reconnaître, au moins dans les hôtels de luxe, que l’eau du robinet n’est pas un luxe, mais un droit fondamental.